Interview de Pierre Olivier Carles pour mon mémoire de fin d’études (3/3)
Suite et fin de l’interview avec Pierre Olivier, retrouvez les parties 1 et 2 en cliquant sur les liens.
Timothée : Une des solutions par rapport aux risques peut-elle être de lier l’indentité de l’individu à son activité sur les différentes plateformes (pas de possibilité de poster en mode anonyme) d’un intranet d’une entreprise ?
Pierre Olivier : Cela dépend qui l’on est. Moi, je suis le dirigeant et l’actionnaire de mes sociétés. Ce que je veux d’abord, ce n’est pas qu’il y ait une forme de politique de l’autruche dans l’entreprise mais qu’elle soit la plus performante possible dans son domaine.
Imaginons que l’on fasse une convention physique avec 200 personnes dans la pièce (tous des cadres) et le président va dire « Que pensez vous de la stratégie que je viens de vous présenter ? ». Il y a fort à parier que le feedback qu’aura le président sera inutile… Fallait-il, même, poser la question ? Maintenant on met cela sur un blog interne, et on demande de développer les commentaires. On aura des bons commentaires avec différents arguments pour dire en quoi c’est une bonne stratégie. Si on autorise les commentaires anonymes, on aura des trolls sans doute, mais aussi des personnes qui permettront de se poser les bonnes questions. Par ailleurs, les autres commentateurs vont remettre en cause les commentaires d’un troll.
Si demain je fais un truc qui est génial à 95%, je veux de la part d’un client un avis qui sera la sanction positive (récompense de mon travail) mais je veux surtout entendre parler des 5% restants. Sinon je suis condamner à rester à 95%, ce qui est bien, mais j’aimerai être à 100%. Le réseau social idéal n’existe pas, mais il faudrait une plateforme de blogs individuels, permettant de tagger, de partager tous les supports possibles y compris du Seesmic[2] par exemple et, globalement sur les autres services, pas d’identification obligatoire. Il y a une vraie opportunité pour les entreprises d’avoir un feedback réel de ce qu’elles font et de ne pas se voiler la face, tout en détectant des talents.
Au Crédit Agricole Pyrénées Gascogne par exemple, un de nos actionnaires, un collaborateur qui travaillait dans une agence du Crédit Agricole a été recruté par le DG directement dans Second Life, alors qu’ils se sont rencontrés par hasard, et ne se connaissaient pas avant. Le DG l’a fait venir, et l’a mis sur un autre poste lié à Second Life, après avoir discuté avec lui de l’implémentation du Crédit Agricole dans Second Life car il trouvait son avis vraiment pertinent par rapport aux retours moins critiques qu’il recevait.
Timothée : Dans certaines entreprises, comme IBM, il y a une longue tradition de logiciels collaboratifs, avec des outils pour ça, comme les teamrooms sous Lotus Notes, la donne change-t-elle vraiment aujourd’hui selon toi pour des entreprises comme celles-là ?
Pierre Olivier : Je connais pas mal IBM, à divers niveaux, je connais même les différents réseaux sociaux internes d’IBM. Ils ont bati un vrai réseau social, et cela est très bien, car cela permet d’éduquer les gens, et cela les aide à être affutés sur ce qui les attend demain et à être de meilleurs “serviteurs” de leurs clients. En fait, cela favorise également l’esprit de corps et le partage des valeurs dans l’entreprise.
Aujourd’hui, je me sens pleinement investi dans Stonfield et c’est une entreprise extraordinaire. J’aime tous les gens qui sont dedans et je suis très impressionné par ce qui a déjà été accompli par tous. Pourtant, on se parle principalement à travers diverses plate-formes de part notre mobilité et l’éloignement que donne les divers projets dans lesquels nous sommes. Cela donne pourtant une vraie solidarité entre les équipes et une fierté d’être dans l’aventure Stonfield.
Une entreprise comme IBM, pour qui le monde est complètement plat, travaille de Bangalore à San Francisco, en passant par Paris, et la plupart des gens travaillant sur ces projets ne se rencontreront jamais. s’il n’y a pas de réseau social en interne, qui créé cette cohésion et cette structure, on dénature complètement l’entreprise. L’entreprise mondiale qu’a bati IBM tient surtout aux outils internes qui sont utilisés. Sametime par exemple, bien que moche à mon goût, est redoutable d’efficacité. Ce que fait IBM globalement est extraordinaire et toutes les entreprises devraient faire la même chose, parce que c’est un enjeu majeur d’organisation pour les entreprises demain, que ce soit sur des problématiques locales, nationales ou internationnales.
Timothée : Que penses tude la différence qu’il existe entre les employés qui ont des pratiques d’apprentissage et de partage natives et ceux qui ont d’autres habitudes, la fameuse génération Y ? Est-ce un défi pour l’entreprise que d’harmoniser les pratiques ?
Pierre Olivier : Je n’aime pas trop le terme de génération Y, qui est une classification sur l’âge. Je dirais plutot les gens qui aiment la technologie et qui l’utilisent de façon native… et il est vrai que la majorité sont jeunes. Ces personnes sont utiles à l’entreprise, pour deux raisons : 1) elles donnent une photo de ce que sera l’entreprise demain, et comme le dit le célèbre adage, Gérer, c’est prévoir ! 2) elles serviront d’évangélistes.
Pourquoi ? Parce que le principal frein à l’adoption des nouvelles technologies est la peur du changement pour les Hommes, ainsi que le scepticisme… et les deux vont de pair. Il faut expliquer aux gens à quoi cela peut servir, leur montrer des exemples concrets de l’avantage du réseau social, notamment pour trouver des informations. Les Univers Virtuels par exemple suscitent un très fort scepticisme et beaucoup ne comprennent pas à quoi cela peut servir.
Stonfield InWorld lance une offre en Septembre, d’e-Learning dans Second Life. Pour une entreprise de 2000 personnes, le retour sur investissement dès la première année est 4 fois supérieur au coût ! Présenté ainsi, même le plus sceptique va comprendre… La génération Y est, dans l’entreprise, la locomotive de tout ce qu’est le web social.
Timothée : Doit on fournir un guide des bons outils aux employés ou laisser le libre service à chacun ?
Pierre Olivier : Pour moi c’est le libre service qui doit s’imposer car c’est celui qui permet d’adopter les bons usages par l’exemple. Il y a des gens qui seront moteurs dans l’adoption des outils, et vont ainsi montrer le chemin aux autres dans l’environnement et sur le marché qui est le leur. Si l’on met un guide des bonnes pratiques, il sera fait par quelqu’un qui peut se tromper, n’est pas forcément un expert de l’entreprise et il va donc enfermer et canaliser les usages.
Pour que ce changement soit un succès, il faut des personnes qui adoptent les outils en connaissant le contexte. Si tu donnes des outils qui apportent de la valeur, qui sont faciles à utiliser et qui sont puissants, chacun va y trouver son usage, plus ou moins important. Il y a simplement un pré-tri initial à faire au départ, de manière à ce que les gens ne passent pas leur temps à tester de nouveaux outils.
Timothée : Comment vois tu les entreprises évoluer dans leur relation à l’information et par extension de leurs interractions avec leur environnement, d’ici quelques années ?
Pierre Olivier : Je n’ai pas de boule de cristal, mai j’imagine une entreprise d’entrepreneurs, au niveau de l’état d’esprit, où tout le monde est engagé et responsable. Les gens aujourd’hui sont de plus en plus individuels dans leur mode de fonctionnement, et arriver à faire travailler de grandes individualités ensemble, c’est ce qu’un manager peut espérer de mieux pour son entreprise.
Plus que jamais, le role des managers va être d’identifier les meilleures individualités pour les faire travailler ensemble au service de l’entreprise, de gérer l’information pour s’adapter en permanence à l’environnement et gagner encore plus en agilité et réactivité. Une “gestion sociale” de l’information va permettre de faire tout ça, mais il faudra avoir plus de transparence et plus de responsabilité dans l’entreprise, car les choses qui ne sont pas politiquement correctes ne pourront plus être cachées.
Si on n’éduque pas les gens à utiliser le web 2.0, pour comprendre ce qui doit et ne doit pas sortir de l’entreprise, si l’on fait des choses inavouables dans l’entreprise, cela se saura forcément et sera indéfendable. La fidélité à l’entreprise n’existe plus sauf si l’entreprise véhicule les mêmes valeurs que les salariés, car un esprit individuel se raccroche à ses valeurs. La compétition va se déporter sur d’autres secteurs, mais pas sur la capacité à cacher l’information.
Timothée : Merci de ta participation à cette interview et je te laisse le mot de la fin…
Pierre Olivier : C’est toujours là qu’on sort une grande phrase… globalement on parle beaucoup de technologie, mais je crois qu’il faut faire confiance aux gens, leur donner les outils et les laisser se les approprier, et s’exprimer.
Retrouvez les parties 1 et 2 en cliquant sur les liens.
Tags: collaboration, entreprise2.0, interview, miage, mondes-virtuels, réseaux-sociaux, web, web2.0 Posted in
September 2nd, 2008 at 1:49 pm
Voila, fin de la lecture.
En tout cas, ton mémoire est très interessant, facile à lire.
Bon courage pour la soutenance!
September 2nd, 2008 at 1:58 pm
Merci, le mémoire complet arrive très très prochainement.