Faut-il faire confiance à Google ?

Disclaimer : Je fais suite à quelques discussions auxquelles j’ai participé ici et et quelques articles, constituant un buzz sur le web depuis la sortie de Google Chrome. A l’occasion des “dix ans” de Google et des “un an” de l’initiative Bill of rights for Users of the Social Web, il m’a semblé intéressant de réfléchir un peu à cette question.

Je tiens à préciser que je n’ai aucun intérêt chez Google, je suis juste un utilisateur de leurs services parmi tant d’autres (un “gros” utilisateur, sur certains services… :-) ). Si on doit chercher quelque raison qui me pousse à prendre leur défense dans cet article, il faudra plus s’orienter vers l’appréciation de ce qu’ils proposent et font pour le web et le fait d’aimer dépasser les suppositions.

Ainsi, le but de cet article n’est pas d’attirer les trolls pro ou anti Google, mais de passer rapidement des craintes aux enjeux, ce qui à mon sens permettra de relativiser les craintes. Et puis, je ne prétend pas avoir la réponse à toutes les craintes, posez vos questions à Google ou à certains Googlers si vous en avez. Je considère comme crainte, pour reprendre Wikipédia, “l’émotion ressentie généralement en présence ou dans la perspective d’un danger ou encore à l’évocation ou la pensée du danger”. Par dessus tout, j’aime la liberté, et je n’entends me soumettre à aucune simplication protectrice (Charybde et Scylla vous connaissez ?), c’est d’ailleurs une de mes motivations principales concernant cet article.

Le sujet a donc le mérite d’être polémique, mais si vous regardez attentivement la question vous verrez qu’une partie de la réponse que je souhaite y apporter se trouve dans la question (d’ailleurs, pour ceux qui me connaissent bien, vous savez bien que le “il faut” / “il faut pas” est d’un ton un peu trop moralisateur pour que je le choisisse pour son sens premier). Mais partons des bases : Google est omniprésent sur le web, vient de réussir un lancement de produit qui ferait pallir d’envie les meilleurs services commerciaux (1% de part de marché en 1 journée), cumule un capital sympathie assez impressionnant à la fois chez les novices mais aussi chez de nombreux afficionados du web, dérange quelques intérêts souhaitant continuer le business à l’ancienne mais aussi ceux qui essaient de prendre un virage un peu tardivement, fournit des services généralement d’une bonne qualité dans des domaines de plus en plus divers et variés, et connait une excellente croissance sous tous les plans (mis à part celui de la croissance de la croissance, qui tend à se tasser).

Dois-je faire un paragraphe où je vous montre l’intérêt et le gain de confort et de temps à rechercher avec Google, à passer sous GMail, à utiliser Google Calendar, à travailler à plusieurs sur un Google Doc (pour des choses du genre projets universitaires faits à la dernière minute, respectant la loi de Parkinson), à utiliser Google Reader (export dynamique d’une blogroll, lecture sur mobile), Google Webmaster Tools… (et je n’en cite que quelques uns) ? J’ai également plein d’autres outils qui me servent et supportent mon activité web, et je n’hésiterai pas à partir de chez Google (possibilité de sortir les données sur tous les services que j’utilise) si d’autres services de meilleure qualité pointent leur nez, et si Google ne sait pas faire preuve de la réactivité qu’il a montré jusqu’ici en terme d’ajout de fonctionnalités.

Il est vrai que les services de Google couvrent un panel assez impressionnant de notre activité numérique, cette dernière n’étant qu’un support de notre vie réelle, contenant de vraies informations sur nous et sur les gens que nous connaissons. Est-ce pour cela qu’ils sont mauvais, critiquez plutôt le principe fondateur du web, qui met cela en avant… Ils ont un modèle d’entreprise innovant, qui marche et ils devraient se cantoner à une couverture de services minimaliste, alors qu’ils se sont fixés comme objectif de rendre disponible l’information dans le monde ?

Parfois je m’interroge à la suite de certaines diatribes anti-Google (de types vidéos super stylées), dont la qualité et la réalisation sont vraiment impressionnants… Cela amène la question de savoir s’il n’y a pas des lobbies puissants que Google dérange et qu’à défaut de pouvoir le concurrencer sur son terrain, la tactique soit d’entretenir les suspicions et d’alimenter les rumeurs non fondées. Quitte à entretenir les craintes via un réseau de personnes sensibles à ces dérives potentielles, utilisées malgré elles dans une bataille de géants. Je précise que je suppose, et qu’en tant que supposition ça pèse donc pas lourd :) . La particularité d’une rumeur non fondée, c’est qu’il est difficile de la démonter, puisque chaque tentative dans ce sens est systématiquement vue comme manoeuvre d’enfumage par les détracteurs.

Comme je le dis souvent, le web a ceci de fabuleux qu’il est réactif, concurrentiel, démocratique et de plus en plus transparent. Chaque utilisateur a la capacité de choisir, en ayant pour information le filtre de connaissances qu’il a choisi d’appliquer sur cette gigantesque masse d’information. Il y en aura qui auront un avis plus pertinent que d’autres, mais il faut rapporter cela à leur utilisation. Les époques de croyance aveugle dans les grands endoctrinements lissant les choix de chacun sont terminées (voir à ce sujet l’excellent livre de Francis Pisani et de Dominique Piotet, Comment le web change le monde ), nous vivons à une époque d’affirmation de l’individualité avec ses préférences et ses particularités. Mais je m’évade, je m’évade…

Tout le monde n’est pas doté d’une self-esteem importante ni d’un QI du côté droit de la courbe gaussienne mais le web incite à relativiser, à confronter, et si Google abusent ils verront leur nombre d’utilisateurs diminuer. Et leurs revenus aussi. Et donc ils changeront de stratégie. Pas plus compliqué. Par ailleurs je ne connais personne qui utilise tous les services de Google, aussi bien dans mes connaissances « geeks » que chez « le reste des mortels ». Tout le monde se compose sa sauce…

Ainsi, pour moi la meilleure garantie que Google ne soit pas “evil”, ce n’est pas seulement que cela soit un de leurs principes fondateurs mais surtout le fait que cette entreprise fasse 99% de son chiffre d’affaires grâce à la pub (donc grace à la popularité) et que rien ne reste caché bien longtemps sur le web aujourd’hui. C’est ma meilleure garantie. L’envie dusse-t-elle leur prendre, ils ne pourront pas jouer avec nos données, ceci serait bien trop risqué pour leur activité et les ferait tomber dans une spirale de décroissance dont ils sortiraient bien affaiblis. Voilà pour le garde fou qui me permet d’utiliser sereinement ce dont j’ai envie. Avec la même logique, je suis beaucoup plus circonspect sur l’utilisation potentielle de nos données que pourraient faire certains services qui débutent et qui prennent donc moins de risque au niveau de la réputation (ceci toujours avec le pré-supposé non démontré que l’exploitation des données personnelles est une vraie mine d’or).

Enfin, je doute qu’il soit si facile avec les données aggrégées de « profiler » un utilisateur et d’en tirer avantage, ceci outrepassant sa volonté… Dans mon entreprise je fais partie d’une communauté interne qui s’efforce de propulser les outils collaboratifs… si le gain en connaissances des employés était potentiellement si important, on aurait aucun mal à vendre ces usages aux entités dirigeantes de la compagnie alors que tous nos services sont aggrégés sous un SSO… il faut constamment apporter des preuves de l’intérêt business, alors arrêtons les fantasmes intellectuels hein. :)

J’utilise les services qui me plaisent, mes données résident généralement dans les nuages, fussent-ils fournis par Google ou non. Lorsque je choisis Google cela est du à la qualité de leur services, à leur écoute des besoins et envies des utilisateurs, possédant une bonne disponibilité, et innovants. Quand aux conditions entourant ceux-ci, notamment concernant Chrome, Google s’en est expliqué récemment. Après on les croit ou pas, chacun fait son choix. Concernant les pubs de Google, générés en fonction du contenu ou non, je dois dire qu’elles sont loin d’être irrésistibles, je clique dessus avec un intérêt réel très rarement (je ne vais pas le dire trop fort mais ce que je fais fréquemment c’est cliquer dessus pour fermer la page en question quelques secondes après [mais chut hein] c’est juste histoire que je rapporte un peu d’argent à Google pour leur service…).

Ce qu’il fallait lire comme titre était donc “Est-il nécessaire de pouvoir faire confiance à Google ?” et à mon sens la réponse est non (à la question modifiée hein…). Pour tous ceux qui sont des bidouilleurs, n’hésitez pas à vous poser des questions, à disséquer les services de Google (les produits à installer sont Open Source hein, pas comme d’autres), et à partager ce que vous y trouverez. Pour ceux qui préfèrent vivrent dans la paranoia, utilisez ce qui rentre dans ce cadre étroit et n’imposez pas vos choix à autrui, que ce soit directement ou en vous érigeant en dernier rempart du monde libre (alors que vous proposez une alternative réellement liberticide).

Maintenant, je respecte le point de vue et la liberté de chacun, et je me garderai bien de vous affirmer que ce que j’ai exposé ici serve d’exemple à suivre. Réfléchissez en croisant le maximum de sources d’information et faites vos propres choix, utilisez ce qui vous apporte, sans vous arrêter au nom du fournisseur qui le propose. Nul doute que cela et l’environnement concurentiel contribueront à un web plus transparent, plus tourné vers l’utilisateur et ses droits.

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Webdeux Connect le 11 Octobre 2008

Comme vous le savez surement le Webdeux Connect se tiendra le 11 Octobre prochain. Qu’est ce que le Webdeux.Connect demanderont certains ?

Hé bien c’est l’occasion de rencontrer des gens de divers profils mais qui ont comme passion commune le web, et qui gravitent autour de webdeux.info, ou bien autour des gens qui en connaissent d’autres qui eux gravitent autour de webdeux.info … et ainsi de suite. A noter que le networking est facilité par le port de tee-shirts nominatifs, permettant de mettre rapidement un visage sur un nom… ou l’inverse. :)

Concrètement le webdeux connect se déroulera le 11 octobre prochain de 8h30 à 20H à L’Usine et est organisé par Jean François Ruiz . Vous trouverez plus d’infos sur le billet de présentation ici et des précisions ici. Pour l’inscription c’est par .

Je devrais y être toute la journée, accompagné de quelques potes de promo (tarif à -50% pour les étudiants) auxquels j’ai parlé de l’évènement, et je retrouverai avec plaisir des connaissances étendues IRL.

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Interview de Pierre Olivier Carles pour mon mémoire de fin d’études (3/3)

Suite et fin de l’interview avec Pierre Olivier, retrouvez les parties 1 et 2 en cliquant sur les liens.

Timothée : Une des solutions par rapport aux risques peut-elle être de lier l’indentité de l’individu à son activité sur les différentes plateformes (pas de possibilité de poster en mode anonyme) d’un intranet d’une entreprise ?

Pierre Olivier :  Cela dépend qui l’on est. Moi, je suis le dirigeant et l’actionnaire de mes sociétés. Ce que je veux d’abord, ce n’est pas qu’il y ait une forme de politique de l’autruche dans l’entreprise mais qu’elle soit la plus performante possible dans son domaine.

Imaginons que l’on fasse une convention physique avec 200 personnes dans la pièce (tous des cadres) et le président va dire « Que pensez vous de la stratégie que je viens de vous présenter ? ». Il y a fort à parier que le feedback qu’aura le président sera inutile… Fallait-il, même, poser la question ? Maintenant on met cela sur un blog interne, et on demande de développer les commentaires. On aura des bons commentaires avec différents arguments pour dire en quoi c’est une bonne stratégie. Si on autorise les commentaires anonymes, on aura des trolls sans doute, mais aussi des personnes qui permettront de se poser les bonnes questions. Par ailleurs, les autres commentateurs vont remettre en cause les commentaires d’un troll.

Si demain je fais un truc qui est génial à 95%, je veux de la part d’un client un avis qui sera la sanction positive (récompense de mon travail) mais je veux surtout entendre parler des 5% restants. Sinon je suis condamner à rester à 95%, ce qui est bien, mais j’aimerai être à 100%. Le réseau social idéal n’existe pas, mais il faudrait une plateforme de blogs individuels, permettant de tagger, de partager tous les supports possibles y compris du Seesmic[2] par exemple et, globalement sur les autres services, pas d’identification obligatoire. Il y a une vraie opportunité pour les entreprises d’avoir un feedback réel de ce qu’elles font et de ne pas se voiler la face, tout en détectant des talents.

Au Crédit Agricole Pyrénées Gascogne par exemple, un de nos actionnaires, un collaborateur qui travaillait dans une agence du Crédit Agricole a été recruté par le DG directement dans Second Life, alors qu’ils se sont rencontrés par hasard, et ne se connaissaient pas avant. Le DG l’a fait venir, et l’a mis sur un autre poste lié à Second Life, après avoir discuté avec lui de l’implémentation du Crédit Agricole dans Second Life car il trouvait son avis vraiment pertinent par rapport aux retours moins critiques qu’il recevait.

Timothée : Dans certaines entreprises, comme IBM, il y a une longue tradition de logiciels collaboratifs, avec des outils pour ça, comme les teamrooms sous Lotus Notes, la donne change-t-elle vraiment aujourd’hui selon toi pour des entreprises comme celles-là ?

Pierre Olivier : Je connais pas mal IBM, à divers niveaux, je connais même les différents réseaux sociaux internes d’IBM. Ils ont bati un vrai réseau social, et cela est très bien, car cela permet d’éduquer les gens, et cela les aide à être affutés sur ce qui les attend demain et à être de meilleurs “serviteurs” de leurs clients. En fait, cela favorise également l’esprit de corps et le partage des valeurs dans l’entreprise.

Aujourd’hui, je me sens pleinement investi dans Stonfield et c’est une entreprise extraordinaire. J’aime tous les gens qui sont dedans et je suis très impressionné par ce qui a déjà été accompli par tous. Pourtant, on se parle principalement à travers diverses plate-formes de part notre mobilité et l’éloignement que donne les divers projets dans lesquels nous sommes. Cela donne pourtant une vraie solidarité entre les équipes et une fierté d’être dans l’aventure Stonfield.

Une entreprise comme IBM, pour qui le monde est complètement plat, travaille de Bangalore à San Francisco, en passant par Paris, et la plupart des gens travaillant sur ces projets ne se rencontreront jamais. s’il n’y a pas de réseau social en interne, qui créé cette cohésion et cette structure, on dénature complètement l’entreprise. L’entreprise mondiale qu’a bati IBM tient surtout aux outils internes qui sont utilisés. Sametime par exemple, bien que moche à mon goût, est redoutable d’efficacité. Ce que fait IBM globalement est extraordinaire et toutes les entreprises devraient faire la même chose, parce que c’est un enjeu majeur d’organisation pour les entreprises demain, que ce soit sur des problématiques locales, nationales ou internationnales.

Timothée : Que penses tude la différence qu’il existe entre les employés qui ont des pratiques d’apprentissage et de partage natives et ceux qui ont d’autres habitudes, la fameuse génération Y ? Est-ce un défi pour l’entreprise que d’harmoniser les pratiques ?

Pierre Olivier : Je n’aime pas trop le terme de génération Y, qui est une classification sur l’âge. Je dirais plutot les gens qui aiment la technologie et qui l’utilisent de façon native… et il est vrai que la majorité sont jeunes. Ces personnes sont utiles à l’entreprise, pour deux raisons : 1) elles donnent une photo de ce que sera l’entreprise demain, et comme le dit le célèbre adage, Gérer, c’est prévoir ! 2) elles serviront d’évangélistes.

Pourquoi ? Parce que le principal frein à l’adoption des nouvelles technologies est la peur du changement pour les Hommes, ainsi que le scepticisme… et les deux vont de pair. Il faut expliquer aux gens à quoi cela peut servir, leur montrer des exemples concrets de l’avantage du réseau social, notamment pour trouver des informations. Les Univers Virtuels par exemple suscitent un très fort scepticisme et beaucoup ne comprennent pas à quoi cela peut servir.

Stonfield InWorld lance une offre en Septembre, d’e-Learning dans Second Life. Pour une entreprise de 2000 personnes, le retour sur investissement dès la première année est 4 fois supérieur au coût ! Présenté ainsi, même le plus sceptique va comprendre… La génération Y est, dans l’entreprise, la locomotive de tout ce qu’est le web social.

Timothée : Doit on fournir un guide des bons outils aux employés ou laisser le libre service à chacun ?

Pierre Olivier : Pour moi c’est le libre service qui doit s’imposer car c’est celui qui permet d’adopter les bons usages par l’exemple. Il y a des gens qui seront moteurs dans l’adoption des outils, et vont ainsi montrer le chemin aux autres dans l’environnement et sur le marché qui est le leur. Si l’on met un guide des bonnes pratiques, il sera fait par quelqu’un qui peut se tromper, n’est pas forcément un expert de l’entreprise et il va donc enfermer et canaliser les usages.

Pour que ce changement soit un succès, il faut des personnes qui adoptent les outils en connaissant le contexte. Si tu donnes des outils qui apportent de la valeur, qui sont faciles à utiliser et qui sont puissants, chacun va y trouver son usage, plus ou moins important. Il y a simplement un pré-tri initial à faire au départ, de manière à ce que les gens ne passent pas leur temps à tester de nouveaux outils.

Timothée : Comment vois tu les entreprises évoluer dans leur relation à l’information et par extension de leurs interractions avec leur environnement, d’ici quelques années ?

Pierre Olivier : Je n’ai pas de boule de cristal, mai j’imagine une entreprise d’entrepreneurs, au niveau de l’état d’esprit, où tout le monde est engagé et responsable. Les gens aujourd’hui sont de plus en plus individuels dans leur mode de fonctionnement, et arriver à faire travailler de grandes individualités ensemble, c’est ce qu’un manager peut espérer de mieux pour son entreprise.

Plus que jamais, le role des managers va être d’identifier les meilleures individualités pour les faire travailler ensemble au service de l’entreprise, de gérer l’information pour s’adapter en permanence à l’environnement et gagner encore plus en agilité et réactivité. Une “gestion sociale” de l’information va permettre de faire tout ça, mais il faudra avoir plus de transparence et plus de responsabilité dans l’entreprise, car les choses qui ne sont pas politiquement correctes ne pourront plus être cachées.

Si on n’éduque pas les gens à utiliser le web 2.0, pour comprendre ce qui doit et ne doit pas sortir de l’entreprise, si l’on fait des choses inavouables dans l’entreprise, cela se saura forcément et sera indéfendable. La fidélité à l’entreprise n’existe plus sauf si l’entreprise véhicule les mêmes valeurs que les salariés, car un esprit individuel se raccroche à ses valeurs. La compétition va se déporter sur d’autres secteurs, mais pas sur la capacité à cacher l’information.

Timothée : Merci de ta participation à cette interview et je te laisse le mot de la fin…

Pierre Olivier : C’est toujours là qu’on sort une grande phrase… globalement on parle beaucoup de technologie, mais je crois qu’il faut faire confiance aux gens, leur donner les outils et les laisser se les approprier, et s’exprimer.

Retrouvez les parties 1 et 2 en cliquant sur les liens.

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Interview de Pierre Olivier Carles pour mon mémoire de fin d’études (2/3)

Vous pouvez retrouver le début de l’interview de Pierre Olivier ici, et vous en trouverez la suite et fin ici.

Timothée : Quels outils et services web2.0 utilises tu dans ton entreprise ?

Pierre Olivier : Sensiblement les mêmes outils, pour une raison simple, je ne fais pas de différence entre la sphère privée et la sphère professionnelle, parce que, là par exemple, est-ce que je suis en train de travailler ou pas ? J’en sais rien, je dirais que je suis en train de répondre à un ami, qui a une problématique sur son mémoire de fin d’études, mais peut être qu’un jour quelqu’un va lire cette thèse et va se dire « il faut que j’appelle ce gars pour faire du business avec lui », je suis vraiment incapable de dire si je suis en train de parler à un copain ou si je suis en train d’investir sur de la prospection ou sur je ne sais quoi. Et tout cela est lié, quand je suis dans Second Life, de temps en temps je croise des gens avec qui je n’ai absolument rien à faire, de temps en temps je croise David (mon associé à StonfieldInWorld) et on se met à travailler, et qu’on soit un samedi ou un mardi n’y change rien.

Tous les services que j’ai indiqué dans la question d’avant me sont utiles sur le plan personnel et professionnel. Twitter ? Je m’en sers sur le plan personnel et professionnel. Second Life aussi bien évidemment. Mon blog est aujourd’hui lu par mes amis, ma famille, mais aussi mes associés, mes partenenaires, mon banquier, etc… En fait on peut faire une analogie par rapport aux mondes virtuels, les très mals nommés mondes virtuels, qui n’ont absolument rien de virtuel en fait, ce sont des 0 et des 1 qui transitent mais le contenu n’a absolument rien de virtuel. Et j’ai spécialisé différents services au quotidien par rapport à différents usages.

Timothée : Quelles technologies ou usages vont s’imposer dans les mois à venir selon vous, globalement segmentation des différents usages de l’utilisateur ou plutôt aggrégation des différents services sous un profil unique?

Pierre Olivier : On va plutôt vers la deuxième option, mais ce qu’on ne sait pas, c’est sur quelle technologie. Pas mal de gens sont en train de travailler dessus, comme l’équipe de FriendFeed par exemple. Mais si tu regardes ce que font les early-adopters ou les gens un peu geek, tu peux sentir une forme de tendance. Dans mon cas, je passe mon temps à tester, des dizaines et des dizaines de services Web. C’est important pour savoir lesquels apportent de la vraiment de la valeur et lesquels n’en apportent pas. Au final, on finit par identifier un certain nombre de services ultra spécialisés (et ultra performants dans leur spécialité, comme ceux cités plus haut), et on se retrouve avec tout un tas de services qu’on les utilise au quotidien, puisque la sphère privée et professionnelle se sont confondus.

Mais la problématique reste qu’on est obligés d’aller les chercher là où ils sont, et ça devient rapidement très chronophage. Aujourd’hui, le réseau social idéal n’existe pas, et ce n’est clairement pas Facebook, loin de là. Le réseau social idéal serait le “truc” où tu pourrais aggréger l’ensemble des services qui te sont utiles et l’ensemble des sphères qui te sont utiles. La sphère LinkedIn, par exemple, est pour moi une sphère ultra professionnelle où je préserve vraiment le réseau en n’ajoutant que des gens que je connais vraiment. Sur Facebook, j’accepte n’importe qui pour peu qu’on me demande.

La tendance des mois et des années à venir va être d’aggréger l’ensemble de ses services en une seule et même place et en fonction de l’intérêt que l’on y porte. Ce lieu sera le gardien et le garant de “l’identité numérique” de son propriétaire. Actuellement, c’est mon blog, par exemple, qui rempli cette fonction. J’y ai des liens vers l’ensemble des services que j’utilise, incluant mon identité. Pourquoi faire cela ? Parce que je veux être sur qu’à un seul endroit, il y a tout ce que je suis. Maintenant, l’enjeu, je crois, est de fabriquer la technologie qui va donner cela à tout le monde de façon simplissime.

HelloTipi, par exemple, pourrait presque devenir cela, car on part d’une notion de profil minimum. Je commence à partir d’un point minimum qui est mon profil personnel, que je vais je vais élargir un peu à ma famille proche, ensuite vers les amis, puis les relations et enfin le public. Pour moi, l’avenir est sur le partage centralisé avec inputs et outputs. Le point central reste bien la notion d’identité et d’identification. Il faut donner aux gens une sorte de point central qui est vraiment eux, une sorte d’ID universel.

Timothée : Au niveau de l’entreprise cette fois, quels sont les usages les plus adoptés ?

Pierre Olivier : Pour l’instant, ce sont les outils de travail collaboratifs qui ont vraiment été adoptés, surtout par équipe de projet, même si on est encore loin de ce qu’il faudrait adopter. Les usages qui commencent à bien entrer dans les entreprises sont issus des réseaux sociaux, du moins des plateformes qui permettent d’échanger et de créer du contenu, de suivre les gens qui créent du contenu et de s’y abonner etc…

Certaines entreprises n’ouvrent toujours pas l’accès à internet parce qu’elles ont peur, ils se disent que les gens vont perdre en productivité. C’est une peur légitime, mais elles ne comprennent pas que c’est un enjeu majeur d’éduquer les équipes, afin qu’ils sachent utiliser internet et qu’ainsi ils gagnent en productivité. Le risque en ouvrant les collaborateurs vers les services Internet est bien moins grand pour l’entreprise, qu’en la refermant sur elle-même.

Timothée : Justement, penses tu qu’il y ait des risques pour une entreprise à proposer des services collaboratifs à ses employés ? Notamment avec les craintes de fuite d’information et de « crap » (contenu de mauvaise qualité ou dégradant l’entreprise) ?

Pierre Olivier : Alors ça, c’est LA question compliquée, à laquelle il y a des tas de réponses. Il y a surtout des risques à ne pas le faire, car on est sur une tendance de fond. Les entreprises qui ne s’ouvrent pas aujourd’hui volontairement et de façon maîtrisée devront le subir demain, de force. Plus elles attendront, plus elles prendront du retard par rapport à leurs concurrents. Il y a vraiment un besoin d’éduquer les collaborateurs, par rapport à tout ça, que ce soit de nouvelles technologies ou de nouvelles façons de travailler.

Aujourd’hui, notamment aux Etats-Unis, certaines entreprises sont en train de se demander s’ils ne doivent pas interdire les Iphone et tous les autres téléphones qui ont des disques durs, mais également les clés USB, etc… Car c’est la première source de perte de données. Sauf que les téléphones qui n’ont pas de disque dur auront disparus dans 5 ans. Donc, cela viendrait à dire qu’il faudrait interdire les téléphones portables. Peut-on imaginer une entreprise qui interdirait les téléphones portables ? Ca n’a pas de sens. Une entreprise de 100 000 personnes qui va licencier un collaborateur un peu violemment s’expose.

Il est très simple de bloguer n’importe quoi, de mettre un commentaire complètement anonyme, en donnant des dizaines et des dizaines de données sur l’entreprise. C’est donc un combat perdu d’avance, si on l’aborde sur un angle liberticide, parce que l’information s’est détachée de son support. Pour moi, il n’y a que 2 moyens de minimiser ce genre de risques : 1) être transparent et responsable pour l’entreprise, sans vouloir dire qu’elle laisse filer tout son savoir-faire dans la Nature, 2) et éduquer ses collaborateurs, en leur expliquant les risques et les usages.

Maintenant j’ai une anecdote : un client m’a expliqué sa problématique, et la meilleure solution, à mon sens, était de construire un réseau social interne, qui aurait rendu des services extraordinaires son entreprise. Donc je lui ai fait la proposition et il refuse, sans que le budget soit le problème. A force de creuser, je comprend que la raison pour laquelle il a refusé est que si l’information avait circulé aussi facilement dans l’entreprise, il aurait court-circuité son middle management et lui aurait généré un problème organisationnel quasiment insurmontable. La même chose s’est passée quand l’email est arrivé, il y a tout un tas de personnes dont on a pu voir l’incompétence. Le réseau social produit les même effets, version XXL. Les compétences sont aujourd’hui plus facilement révélés grace aux nouvelles technologies.

C’est vraiment enthousiasmant parce qu’une entreprise qui se lance en implantant un réseau social aujourd’hui va se retrouver avec une outil de gestion des compétences comme il en existe nulle part ailleurs. Le rôle d’un manager est de mettre les gens au meilleur endroit pour l’entreprise, l’endroit où ils sont le plus utile, où ils apportent le plus de valeur, et avec les nouvelles technologies on peut voir très rapidement qui est compétent en quoi. Le problème, c’est que si des collaborateurs ne sont pas compétents, on va le voir aussi, et dans certaines entreprises, on a des gens qui sont monté à l’ancienneté et pas au mérite. C’est une vraie crainte en interne des grands groupes. Quelles que soient les technologies, le principal frein à l’adoption ce sont les Hommes, et la conduite du changement est une réponse complémentaire.

Le jour où l’on ouvre les vannes de l’information, il y a forcément une étape de perte de productivité, mais cela doit également s’accompagner d’un changement dans l’organisation du travail. Suis-je productif ou pas ? Je n’en sais rien, cet après-midi, j’ai été manger une gauffre avec ma fille, à un moment où tout le monde travaille. Samedi matin, j’étais en train de travailler sur le marketing d’une offre que l’on va lancer à la rentrée pendant que beaucoup dorment ou préparent leur week-end. Je travaille beaucoup, toujours plus de 60 heures par semaine, mais je ne sais pas vraiment si je travaille ou pas, car les sphères privées et professionnelles sont très proches.

Une chose est sure, il est idiot d’obliger les gens à rester jusqu’à 18h au bureau, par principe. Il faut les responsabiliser en leur donnant les bons outils pour être le plus productif possible. Au début il y aura forcément un phénomène de dispersion, mais si on ne les éduque pas là-dessus, un jour ils subiront ce changement et ce sera coûteux et douloureux pour l’entreprise comme pour les collaborateurs.

Vous pouvez retrouver le début de l’interview de Pierre Olivier ici, et vous trouverez la suite et fin ici.

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Interview de Pierre Olivier Carles pour mon mémoire de fin d’études (1/3)

Voici le transcript de l’interview que j’ai faite de Pierre Olivier Carles, dans le cadre de mon mémoire de Master MIAGE, hé oui nous arrivons à la fin. Merci à lui de m’avoir accordé de son temps, j’ai passé un excellent moment.

Du à la longueur de l’interview, je l’ai découpé en trois parties, retrouvez les parties 2 et 3 en cliquant sur les liens correspondants.

Timothée : Bonjour, dans le cadre de mon mémoire de fin d’études sur les usages à retirer du web pour l’entreprise, et je voulais de recueillir tes impressions sur ce phénomène et sur son influence. Peux tu te présenter ?

Pierre Olivier : Je suis principalement un entrepreneur. Je lance des entreprises principalement dans le domaine internet au sens très très large, surtout par passion. Depuis que je travaille, je suis dans l’internet. J’ai créé ma première entreprise alors que j’étais encore étudiant, et je n’ai jamais quitté le sérail. La plupart du temps, les entreprises auxquelles je contribue sont des entreprises de services aux grands comptes, aux grandes entreprises, et l’idée, depuis le début, est de les aider à mieux appréhender internet et ce qui gravite autour, à savoir les mondes virtuels, les réseaux sociaux, et à les intégrer au mieux de leur stratégie et avec cohérence. En gros : Comment leur apporter de la valeur avec les nouvelles technologies ?

Timothée : Pour toi , même si le terme est un peu passé de mode maintenant, qu’est ce que représente le terme web2.0 ?

Pierre Olivier : Le terme n’est pas passé de mode du tout, il est passé de mode pour les geeks ou les early adopters, mais quand on en parle aux gens, j’allais dire chez les gens « normaux », ou du moins ceux qui sont au rythme « normal », il est tout à fait d’actualité. D’ailleurs, le Web 2.0, ce n’est pas que une évolution que du web, c’est une évolution d’internet au niveau des usages. On est passé sur un mode qui est moins passif ou qui est moins unilatéral. En fait, on est passé d’un web qui était « 1.0 », qui allait du web vers l’internaute ou vers l’utilisateur à un Web véhiculant l’information pour ce qu’elle est et non pas à qui elle est destinée. C’est le sens de l’information qui a donc changé. On est partis du web vers les gens et maintenant nous avons une information qui va dans tous les sens. La façon de canaliser l’information a changé.

Timothée : Comment as tu découvert cette tendance ?

Pierre Olivier : Le point le plus représentatif est le UGC, parce que finalement, l’évolution du Web, c’est principalement cela. Je l’ai découvert lorsque les blogs sont apparus. Au tout début, il y avait des sites personnels, mais la complexité technique faisait que c’était réservé à une élite informatique, ou du moins à des bons bricoleurs. La vraie tendance, en fait, est apparue avec les blogs pour moi, c’est là que l’on a commencé à publier du contenu et il y a eu une espèce de vague qui est arrivée, où des services comme FlickR sont apprus, des services comme Youtube sont apparus, plus ou moins évoluées à l’époque… Pour moi, ce sont vraiment les blogs qui ont tout déclenché, quand des milliers de personnes ont commencé à publier du contenu et où le volume d’information disponible a explosé sur internet.

Timothée : Que penses tu de la surabondance actuelle de produits et services qui gravitent à l’heure actuelle autour de ces notions web 2.0, et comment différencier les technologies du web 2.0 ?

Pierre Olivier : En fait, cette surabondance de services, c’est une sorte de mal nécessaire. Il y a des années, lorsqu’on faisait de la Recherche et Développement en informatique, on mettait les gens dans des salles blanches, en scaphandre. Aujourd’hui, c’est un peu plus détendu et pragmatique. Cette surabondance de services, née de la surabondance de “chercheurs”, créé les usages de demain. On va prendre un exemple tout simple avec Twitter. Il n’y a pas un investisseur qui aurait mis de l’argent sur un service comme ça il y a quelques années. Aujourd’hui, il n’y a toujours pas de business model clairement défini et pourtant, c’est un succès incroyable. Ce service est très addictif et apporte énormément de valeur aux utilisateurs. Il n’y a plus qu’à trouver un business model pour le rentabiliser. S’il n’y a pas cette surabondance d’usages et de services, tu ne fabriques pas les générations suivantes de produits à forte valeur ajoutée. Il a fallu des dizaines et des dizaines de sites de partage de photos pour finalement FlickR émerge et devienne le leader. FlickR en ouvrant ses API, a tiré derrière lui des milliers d’autres services, qui fabriquent les nouveaux produits et services de demain.

Timothée : Ce modèle peut-il être reproduit en entreprise ?

Pierre Olivier : Cela dépend clairement du métier que l’on fait. Aujourd’hui, on est en train de refondre ce qu’était une entreprise. Avant, il y a avait des départements clairement cloisonnés. L’information étant de plus en plus mobile, la valeur se fait aujourd’hui sur sa maitrise. Peu importe qui émet l’information au sein de l’organisation, l’important est que l’entreprise puisse l’utiliser au mieux pour interragir avec son environnement.

La qualité des informations est très relative à l’identité des personnes qui les émettent. Si demain, je publie une note sur internet avec mon identité portant sur la parapente, je ne suis absolument pas crédible, je n’ai jamais vu un parapente en vrai. Si par contre, je parle des usages de Second Life en entreprise, d’un coup, je suis un peu plus crédible. En effet, je suis sur un terrain sur lequel j’ai une certaine expérience et expertise. Ceci transposé dans le monde de l’entreprise, lorsqu’une personne, spécialiste du marketing sur un thème particulier, va émettre un avis sur ce thème-là, il va être plus crédible que le financiers qui va faire pareil. Par contre, quand il va falloir monter le business plan, le financier va être plus pertinent. Donc, si l’entreprise met en place les moyens pour les faire travailler ensemble, simplement et le temps du projet, elle va constituer une équipe temporaire très performante. L’enjeu est d’arriver à le faire avec des personnes qui ont déjà une action sur plusieurs autres projets et qui doivent en plus travailler à distance et parfois, sur des fuseaux horaires différents. Ce qui est passionnant, c’est que les générations qui arrivent sur le marché du travail aujourd’hui fonctionnent déjà comme cela dans leur sphère personnelle. Elles seront donc tout à fait à l’aise avec ce type d’organisation dans l’entreprise.

Timothée : Y a t-il des services typiquement « web 2.0 » qui t’aident dans ta vie de tous les jours ? Lesquels et pour quels usages ?

Pierre Olivier : Je peux en citer une dizaine, j’en ai parlé récemment sur un article de mon blog .

La suite de l’interview (plus orientée utilisation en entreprise) ici et la fin ici.

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